AUTEURE

Shô et les dragons d'eau

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" Tous mes sens sont branchés sur cette culture qu'on dit des autres. Voyager permet en effet de faire vraiment tiennes ces cultures... et c'est comme une libération. Tu en deviens témoin, tu en es donc moins nostalgique", explique l’auteure-illustratrice qui vient de publier Shô et les dragons d'eau (Annick), un super album à saveur orientale par son style, très inspiré de l'oeuvre du peintre et graveur japonais Hokusai.

Il faut dire que, née au Québec d'une mère francophone qui a été élevée à Gravelbourg en Saskatchewan et d'un père russe qui a grandi en France, Annouchka Gravel Galouchko a partagé son enfance et son adolescence entre l'Iran, l'Égypte, le Mexique, l'Autriche et le Québec. Elle a aussi séjourné, entre autres, en Grèce, en Turquie, en Russie, en Israël, en Jordanie!

Puis, à 18 ans, elle a quitté la famille et sillonné l'Amérique en camionnette en compagnie d'un copain musicien. Lui, jouait du violon, elle de la flûte. 

Cinq ans de liberté.

Un sentiment que l'on retrouve surtout dans les illustrations, chaudes et spontanées, qui accompagnent et complètent Le mystère de l'île aux épices, un texte de Richardo Keen Douglas, également publié chez Annick, qu'Annouchka Gravel Galouchko a illustré en 1992. D'esprit japonais, les pages de Shô et les dragons d'eau  donnent davantage dans le raffinement, dans le méticuleux et la précision.
 
LA DOMPTEUSE DE DRAGONS

Mais les deux albums baignent dans une sérénité qui, pour sa part, est plus rare dans les toiles, immenses que réalise aussi Annouchka Gravel Galouchko. Deux facettes d'une même personne. Et d'un même travail.

Ainsi, tandis que le peintre travaille de manière très physique (sur ces toiles, certains éléments sont collés et d'autres fixés à coups de marteau ou au moyen d'un chalumeau; la peinture peut y être appliquée à la main, etc.), l'illustratrice s'adonne à un travail de moine.

" Toute cette répétition de motifs, quand j'ai peint les détails du gazon ou les vaguelettes de la mer, lance Annouchka Gravel Galouchko. C'était un travail méditatif!" Et de plutôt longue haleine: une dizaine de jours pour réaliser une seule double page de Shô et les dragons d'eauHuit mois pour illustrer et écrire l'album au complet.

L'idée du récit m'est venue quand je suis tombée sur une illustration que j'avais faite, un jour, sans raison précise. On y voyait un homme debout devant la mer en furie, poursuit l'illustratrice. Puis, lors d'un festival de cerfs-volants, j'ai vu, sur une banderole qui flottait dans les airs titrée Cimaise dans le ciel : j'ai trouvé l'image merveilleuse!"

Cela a donné un texte qui commence par une phrase magique :
« Il y a bien longtemps au Japon, les gens avaient la mauvaise habitude de jeter à la mer tous leurs cauchemars." Donnant ainsi naissance à des dragons d'eau que la jeune Shô parviendra à dompter. Non sans mal. Car, allez faire comprendre aux gens que le meilleur moyen de se débarrasser de leurs peurs est de les lancer à la lumière du jour. Et, de les laisser s'envoler dans le ciel, portées par un cerf-volant...

Un conte empreint d'une sagesse tout orientale et qui compte plusieurs niveaux de lecture que Shô et les dragons d'eau.

C'est ce que visait Annouchka Gravel Galouchko qui, lorsqu'elle aura fini d'illustrer le conte indien sur lequel elle travaille présentement, rêve de mettre en images des textes poétiques orientaux, des poèmes hindous, ou pourquoi pas, Le Cantique des cantiques.

Bref, de faire des livres d'art où elle se permettrait, encore plus qu'à l'accoutumée, d'aller au-delà des mots, histoire, sûrement de se lancer dans une autre forme de voyage. 

Québec Français, hiver 1996, numéro 100 Pédagogie Littérature langue et société
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